Un travail qui sort un peu de l’ordinaire avec la commande du Centre Pompidou à Paris, pour l’artiste belge Vincent MEESSEN, de reproductions d’archives déclassifiées stockées à Nantes aux Archives Diplomatiques. Les documents envoyés à l’artiste seront utilisés et repris sous différentes formes dans le cadre de l’exposition « Omar en mai » au centre Georges Pompidou à Paris. (Encore merci, Vincent, pour ce projet et ces découvertes !) ©Matthieu Joubert

« Depuis une quinzaine d’années, Vincent Meessen (Baltimore, États-Unis, 1971) développe des travaux au carrefour des champs de l’art et de la recherche. En remettant en intrigue des signes, des images et des récits occultés, ses travaux proposent une actualisation à la fois poétique et polémique de l’histoire et ce à travers divers médias tels que l’image en mouvement, l’image imprimée ou encore le son. Le document d’archive est toujours remis à l’épreuve du présent, le plus souvent dans son contexte géographique d’origine.

L’exposition de l’artiste belge au Centre Pompidou s’inscrit dans le droit fil de ce Pavillon très remarqué. On y découvre d’abord une version cinématographique de One.Two.Three, l’œuvre audiovisuelle présentée à Venise et acquise récemment par le Centre national des arts plastiques (…)

D’autres travaux dans l’exposition problématisent la réification dont Mai 68 fait l’objet et ce à travers la remise au travail d’une mémoire enfouie. Ce n’est pas la mythologie d’un Mai 68 confiné au Quartier latin qui s’y répète mais bien d’autres soulèvements importants qui eurent lieu tant à Dakar qu’à Kinshasa. Dans les deux cas, Vincent Meessen s’intéresse aux parcours singuliers de jeunes intellectuels africains qui croisèrent directement ou indirectement la route de l’Internationale situationniste, ce « fantôme qui hante le monde » et qui a laissé une empreinte aussi radicale qu’indélébile sur le monde des idées et des formes.

C’est ainsi par la photo d’un jeune étudiant sénégalais lisant le dernier numéro de la revue situationniste que le spectateur est emmené à Dakar. Dans un travail conçu tout spécialement pour cette exposition, Meessen propose la première étape d’un film « en train de se faire ». La formule est de Godard et ouvre La Chinoise, un film dans lequel le même jeune étudiant, Omar Blondin Diop, joue son propre rôle de militant. Meessen prend à témoin la fiction de Godard et se pose la question de savoir si son scénario n’aurait pas été adapté à la réalité de Dakar en 1971. Cette année-là, les membres du groupe dit des « Blondinistes », aussi appelés les « Incendiaires », furent condamnés pour une tentative d’attentat contre le convoi présidentiel du président Senghor et de son hôte et ami d’enfance, le président Pompidou. » (Source : https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/cgERrBR/rMgXz58)